Et pourtant, pas un seul rappel a l'ordre de toute la matinee. Depuis notre arrivee au camps, les enfants font montre d'une sagesse remarquable. Non qu'il regne ici une discipline de fer, mais simplement un grand enthousiasme et une spontaneite evidente. Une ecoute et une disponibilite que nous notons tous des la mi journee.
Des la premiere minute les enfants sont au rendez vous. Les exercices rassemblent. En face a face, en freeze, par 2, 3, 4 ou tous en cercle les echauffements et jeux sont partages avec ardeur.


L'atelier du premier jour est dirigé par Rohi. C'est tres touchant pour moi de le voir ici, de l'entendre dans sa langue faire travailler les enfants. Karim fait l'acteur a ses cotés, et baragouine un arabe que j'ai cru parfait mais qui rend les enfants hilares. Nawell capte tout, avec ou sans flash, ou à la caméra...



Les réponses des enfants fusent, les doigts se lèvent avec empressement, les regards souriants et les voix se libèrent...
' Je n'ai jamais ete aussi loin en aussi peu de temps' resume Loubna apres avoir fait danser la troupe d’enfants. Elle semble lire dans mes pensees.
Pour moi c'est la premiere journee d'ateliers. Je participe avec joie. Les petites m'apprennent a compter. Jusqu'a dix. C'est bien en dessous de ce qu'elles comptent en anglais, voire meme en francais, " One hundred!!!!!" En choeur.

La petite Nour qui dessine sur les genoux de Nawell, Hamze qui danse derriere les gamines, les longs cheveux de la petite Eman devant le ventilo, Malak qui me donne un secret dans le cercle...Comme une envie mortelle d'immortaliser.



L'apres midi les enfants enregistrent avec Rohi face a la camera des mots ou chansons pour les enfants de Gaza, leur dessin devant eux, l'air fier et souriant..Nawelle dirige un atelier d’ecriture avec un autre groupe, puis de capoera, Karim semble avoir tres bien rode plusieurs exercices et jeux. Dans la tentative de ‘chant sauvage’ que je mets en oeuvre je vois chez chaque enfant qui ose se lancer dans le jeu des tresors de sensibilite...
Combien d'habitants, combien d’enfants, quelle superficie, quelle vie economique...quel avenir... Les questions que nous nous posons sur le camp me plongent dans une perplexite profonde.

La maturite de Rileh, le jeune qui nous repond est effarante. Rohi l’a connu enfant. A dix neuf ans il dirige la section theatre du centre tout en faisant ses etudes de droit. Chaque annee il part en tournee a l'etranger...Il nous conduit dans le camp jusqu’a la scene construite devant le mur. J’imagine la visite de Benoit seize qu’il nous a racontée. Les graffiti’s qui ornent le mur font du mortel monument l’attraction premiere de notre visite.


L'impuissance face a l'injustice est assez ecrasante. Heureusement les enfants sont joyeux, spontanes, super motives, adorables. Les gamines se collent a nous et disent 'tres jolie' en francais...C'est drole de danser et de jouer avec eux.

Le soir apres l'atelier des jeunes repetent la piece qu'ils joueront a Vienne la semaine prochaine.
C'est toute l'histoire de de la Palestine qui defile devant mes yeux, l'exil, l'errance, l'inti-fada...
WELLcome ma cocotte, je me dis.

Ludivine