Mon accent...
Ensuite seulement monter sur plateau. Entamer un échauffement corporel, et le pousser peut être un peu plus loin que la veille. Karim entraîne le groupe dans une course en file indienne, alterne les mouvements amples tant des bras que des jambes avant d’asseoir tout le monde en cercle. Sur un simple regard c’est moi qui prends la suite et fais jouer les chevilles. Alors que je cherche la traduction de « pointe » et de « flex » un choeur de « cornflakes, cornflakes» me prend au dépourvu. Ali ponctue «sugar» avec délectation. J’ajoute un peu de «milk». J’aurais pu faire la vache mais on est accroupis. Alors c’est la grenouille. L’insecte ou bien la chèvre. C’est comme ça on dirait ici un simple son un exercice de voix et je monte en voiture et je fais l’animal.

C’est l’idée de Karim d’ajouter au jeu des présentations que l’on a fait hier le nom de la ville où on habite. Chaque geste exprime spontanément énormément et j’apprends à retenir les personnalités qui se dessinent, tous les prénoms la prononciation subtile de l’arabe. Le jeu qu’ils ont crû trouver trio difficile la veille s’enchaîne presque trop vite. Manqueraient presque un silence, un geste d’invitation choral quand est énoncée une ville de Cisjordanie. Eman dit Bethlehem, Annka est de Sakhnin…Amir énonce fièrement « Al Quods »…
Nous avions tord de vouloir réserver «chat perché» aux groupes A et C. Outre l’énergie débordante les cris et éclats de rire le jeu offre de belles postures et autres embrassades acrobatiques. L’attention, la concentration, l’écoute se mettent elles aussi et peu à peu en place avec les marches et principes de Rohi. J’y ajoute celui du «secret» dans la fenêtre de la régie au dessus du public, un « ser » qui fait sourire ou alors grimacer, qui fait tourner les têtes et offre les regards.
Quand j’évoque à Rohi à la pause déjeuner l’absence de Tamara il me répond qu’il veut la ramener à Bethlehem. Son éloignement lui semble problématique, elle réclame sa maman. Rohi relativise. « Quatre jours déjà c’est bien…» je me souviens de ses cris dans les vagues, de son petit saut et de ses mains jointes quand elle se présentait.
Je m ‘attache aussi à Eman, et je cours chercher la caméra quand je la vois descendre l’escalier sous les « happy birthday » de tous les enfants rassemblés dans la cour autour de son gâteau. Secrètement fière de la voir souffler ici ses dix bougies.
Comme je m’étonnais hier que l’intransigeance de Rohi n’enlève rien au ludisme de la séance, je vois Mohammed en une heure seulement faire chanter la Palestine à la quarantaine d’enfants rassemblés au théâtre. Je me promets d’apprendre la chanson.
A 17h l’équipe se retrouve et nous avons la chance, dans la salle blanche, de nous asseoir un moment avec Lutof. Lutof veut dire gentil mais il semble nous dire qu’il ne faut pas s’y fier. Il a coupé les bouts de sa moustache pourtant légendaire pour tourner une publicité, Lutof, mais ne s’y laisse pas prendre, on ne la lui fait pas. Et il lira chaque mot de la pièce qu’il est en train de répéter, et dont il a fait changer la fin en menaçant de quitter le projet. Fier d’en être le seul palestinien, il a refusé que son personnage se pende à la fin sous les bruits d’explosions. Icham nous avait prévenus, qui a quitté une carrière de personnages de terroristes à Tel Aviv. C’est un ami de Rohi acteur et aujourd’hui directeur du Fringe, compagnie en résidence au centre culturel. Etre acteur et arabe non ce n’est pas facile.
« Ce n’est pas facile » dans la bouche de Lutov ponctue tout l’entretien.
« On est obligé de faire de la politique. Il faut toujours faire la bataille. Le challenge… Depuis 48 c’est la même chose… » Lui qui faisait le théâtre dans le souk, par terre, à la mer il y a 42 ans. Nous dicte patiemment des noms d’auteurs palestiniens. Lui qui joue Lear à lui tout seul et monte le roi Salomon évoque avec dépit les changements de nom des villes arabes. A l’école les enfants de Nazareth apprennent l’hébreu avant d’apprendre la langue de leurs parents. « Le problème, c’est que la jeunesse oublie » nous dit il, toujours en français qu’il a appris à l’école des frères.
« Si vous voulez la paix il faut créer la paix » Avec l’accent arabe ça fait « crier la paix ».
Ludivine.

Par a.dreams, samedi 8 août 2009 à 00:39 | General | #98 | rss
Il n’est pas même 10h que les enfants du groupe B entrent dans le théâtre. Ils s’installent dans les sièges du premier rang et nous prenons contact doucement. Savoir si tout va bien pour eux, s’ils ont passé une bonne nuit, s’ils ont des questions des remarques ou des difficultés à exprimer concernant la journée d’hier nous apparaît judicieux pour établir avec eux un rapport de confiance
Ensuite seulement monter sur plateau. Entamer un échauffement corporel, et le pousser peut être un peu plus loin que la veille. Karim entraîne le groupe dans une course en file indienne, alterne les mouvements amples tant des bras que des jambes avant d’asseoir tout le monde en cercle. Sur un simple regard c’est moi qui prends la suite et fais jouer les chevilles. Alors que je cherche la traduction de « pointe » et de « flex » un choeur de « cornflakes, cornflakes» me prend au dépourvu. Ali ponctue «sugar» avec délectation. J’ajoute un peu de «milk». J’aurais pu faire la vache mais on est accroupis. Alors c’est la grenouille. L’insecte ou bien la chèvre. C’est comme ça on dirait ici un simple son un exercice de voix et je monte en voiture et je fais l’animal.

C’est l’idée de Karim d’ajouter au jeu des présentations que l’on a fait hier le nom de la ville où on habite. Chaque geste exprime spontanément énormément et j’apprends à retenir les personnalités qui se dessinent, tous les prénoms la prononciation subtile de l’arabe. Le jeu qu’ils ont crû trouver trio difficile la veille s’enchaîne presque trop vite. Manqueraient presque un silence, un geste d’invitation choral quand est énoncée une ville de Cisjordanie. Eman dit Bethlehem, Annka est de Sakhnin…Amir énonce fièrement « Al Quods »…
Nous avions tord de vouloir réserver «chat perché» aux groupes A et C. Outre l’énergie débordante les cris et éclats de rire le jeu offre de belles postures et autres embrassades acrobatiques. L’attention, la concentration, l’écoute se mettent elles aussi et peu à peu en place avec les marches et principes de Rohi. J’y ajoute celui du «secret» dans la fenêtre de la régie au dessus du public, un « ser » qui fait sourire ou alors grimacer, qui fait tourner les têtes et offre les regards.
Quand j’évoque à Rohi à la pause déjeuner l’absence de Tamara il me répond qu’il veut la ramener à Bethlehem. Son éloignement lui semble problématique, elle réclame sa maman. Rohi relativise. « Quatre jours déjà c’est bien…» je me souviens de ses cris dans les vagues, de son petit saut et de ses mains jointes quand elle se présentait.
Je m ‘attache aussi à Eman, et je cours chercher la caméra quand je la vois descendre l’escalier sous les « happy birthday » de tous les enfants rassemblés dans la cour autour de son gâteau. Secrètement fière de la voir souffler ici ses dix bougies.
Comme je m’étonnais hier que l’intransigeance de Rohi n’enlève rien au ludisme de la séance, je vois Mohammed en une heure seulement faire chanter la Palestine à la quarantaine d’enfants rassemblés au théâtre. Je me promets d’apprendre la chanson.
A 17h l’équipe se retrouve et nous avons la chance, dans la salle blanche, de nous asseoir un moment avec Lutof. Lutof veut dire gentil mais il semble nous dire qu’il ne faut pas s’y fier. Il a coupé les bouts de sa moustache pourtant légendaire pour tourner une publicité, Lutof, mais ne s’y laisse pas prendre, on ne la lui fait pas. Et il lira chaque mot de la pièce qu’il est en train de répéter, et dont il a fait changer la fin en menaçant de quitter le projet. Fier d’en être le seul palestinien, il a refusé que son personnage se pende à la fin sous les bruits d’explosions. Icham nous avait prévenus, qui a quitté une carrière de personnages de terroristes à Tel Aviv. C’est un ami de Rohi acteur et aujourd’hui directeur du Fringe, compagnie en résidence au centre culturel. Etre acteur et arabe non ce n’est pas facile.
« Ce n’est pas facile » dans la bouche de Lutov ponctue tout l’entretien.
« On est obligé de faire de la politique. Il faut toujours faire la bataille. Le challenge… Depuis 48 c’est la même chose… » Lui qui faisait le théâtre dans le souk, par terre, à la mer il y a 42 ans. Nous dicte patiemment des noms d’auteurs palestiniens. Lui qui joue Lear à lui tout seul et monte le roi Salomon évoque avec dépit les changements de nom des villes arabes. A l’école les enfants de Nazareth apprennent l’hébreu avant d’apprendre la langue de leurs parents. « Le problème, c’est que la jeunesse oublie » nous dit il, toujours en français qu’il a appris à l’école des frères.
« Si vous voulez la paix il faut créer la paix » Avec l’accent arabe ça fait « crier la paix ».
Ludivine.






waouh.... quelle aventure, ce projet... sans sbvinssions.
pérégrinations de soleils. c'est bien beau, tout ça
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