Je monte dans le studio avec Halima pour assister à son atelier. Deux T-Shirts bleus dans le groupe de 8, Ahmed et Nada qui est la seule fille.

Je l’imagine, l’air héberlué d’Ahmed devant les grands gestes et tour sur elle même que Halima lui fait. « HA LI MA » dit elle en ponctuant son prénom. Et je me demande s’il ne voit pas ce qu’elle lui demande ou s’il ne comprend tout simplement pas pourquoi… Mais dans un choeur de bonshommes qu’elle lance à petits pas, des bonshommes comme perdus dans des houhous espiègles, quand Saeed le prend par les épaules pour le ramener dans le groupe, Ahmed commence à se redresser et à ouvrir les yeux… Et la suite de la séance verra son visage peu à peu s’éclairer. Lui qui toujours manifeste une grande désinvolture cesse de traîner les pieds…

Avant même d’aller suivre l’atelier de Dalal dans la galerie, je croise Chaadi qui chante allègrement la feuille à la main et avec ses copains les voilà qui me font baragouiner la chanson. Encore la Palestine dans cette mélodie qui enchantera le centre toute la journée. Et surtout l’atelier de 15 h30 qui rassemble tous les enfants sur scène. « Dalal est très connue, hein » nous explique Rohi qui travaille avec elle depuis 96. Elle chante magnifiquement. A Malak elle pince la joue et caresse les cheveux. Pourtant sa belle voix ne déride pas Fahed caché derrière sa feuille.

« Il voulait être avec Samir, il a fait la gueule toute la journée » m’explique encore Rohi au débriefing.
« Dure journée… »
A midi Rose griffe une enfant de 6 ans à peine. Elle passe ensuite près d’une heure dans le bureau la tête sur ses bras croisés…

Pourtant avec Pascal ça marche, on dirait, et comme sur des roulettes. Juste que pour tourner il faut d’abord toujours ouvrir la porte. Et ce sans s’arrêter.

Ici pour commencer il empoigne Youssef pour l’entraîner sur scène. Chacun de faire de même, de donner son prénom et de virevolter pour se laisser placer.

« On est d’accord Youssef ? J’ai besoin de toi ici » dit il avant que le petit qu’il connaît déjà de Chaabiba n’essaie de faire des siennes dans le jeu de confiance…Comme un petit peuple rassemblé autour de son corps-bouteille on l’ accueille, on le porte on le passe sans le faire vaciller. A lui de garder les pieds fixes de fermer les yeux de garder son aplomb en se laissant porter.

« J’ai travaillé sur les notions de tension/détente » dira Pascal. En zombie, ou en chose, ou en sac si on veut on se laisse tirer, relever, même porter. Et par deux une rencontre et la chose dans les bras, sur le dos, ou traîné derrière soi comme si de rien n’était les paroles s’échangent. Comme on porte un fardeau sans même plus y penser sans presque le savoir… et jusqu’à en oublier qu’on se fait mal au dos… « On doit voir ton visage » traduit Eman à Caterina. Le dos de Caterina.qui apprends. « Al joumoun » c’est le public me dit Eman.

J’ai appris aussi « tayeb » dans la bouche de Nadal.

« Tayeb ? » Tayeb c’est BON.

Ludivine.